Collège Antoine Sylvère FELIX

Nos élèves ont du talent !

"Il est cinq heures du matin. Il est tôt mais les coups frappant contre ma porte me réveillent de force, suivit d’un râlement, je me lève tel un chat sortant de son sommeil. Je m’empresse de m’habiller d’un simple t-shirt et d’un vieux pantalon que je porte depuis déjà trois jours. Je me sens sale, je pue la terre, la sueur et l’engrais de poulet, tout ça mélangé avec l’horrible odeur de moisissure due à l’humidité de la pièce. Je sors de ma chambre et tombe nez à nez avec mon fils Victor. C’est ce petit bambin qui m’a fait lever de si bonne heure. Le petit a déjà atteint ses cinq ans et je n’ai pas trois sous pour lui offrir un bon petit déjeuner. Sa mère quant à elle, elle est morte de surmenage au travail, la vie à l’industrie est tout sauf facile, c’est ce que j’en ai retenu du moins. Victor me regarde, je lui souris et le prends dans mes bras pour l’emmener dans la cuisine. Je lui sers le repas de la veille et me décide d’aller prendre le courrier, posé sur le palier de la porte. Je lis rapidement : "Les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon suite à la destruction de la flotte du Pacifique dans l’archipel d’Hawaï". Je referme le journal et souffle désespérément. Victor me scrute du regard et quitte la table pour faire sa toilette.
Midi quarante, le gosse est à l’école et je suis en compagnie de deux anciens camarades du lycée, nous sommes réunis autour d’une table dans un petit café. Ils parlent de fusils à pompe, d’obus et de toutes les armes de guerre que les soldats utilisent au champ de bataille. Soudain, l’un d’eux prend la parole s’adressant à moi.
- "Et toi, t’en penses quoi Marcel ?"
- "Et bien... j’en sais trop rien", répondis-je.
Luc, à ma droite, me dévisage, les sourcils froncés, le ton menaçant.
- "Tu veux le faire cet attentat ou pas ?"
J’écarquille les yeux, abasourdi par ces mots, ils parlaient donc de ça.
René à ma gauche pose une main sur mon épaule, me faisant sursauter.
- "C’est soit oui, soit non, à toi de décider si tu es prêt à te rebeller contre les Allemands. Tu veux finir ta vie soumis à ces sauvages en étant enfermé comme du bétail ?"
Les mains moites, je quitte le café, le regard cloué au sol. je n’en reviens pas... Si je commets cet attentat, je ne reverrai jamais mon fils.
Trois jours sont passés et je n’ai toujours pas donné ma réponse à Luc et René. Ils s’impatientent en espérant que j’accepte de faire l’impardonnable. J’accompagne Victor à l’école, la ville est active et les passants sont très stressés. j’entends soudain le marchand de journaux crier à haute voix "L’Allemagne s’engage contre les Etats-Unis !".
C’est avec cette horrible phrase que je dépose mon fils à l’école et me dirige vers l’appartement de Luc. Qu’importe mon choix, il est fait. Nous allons commettre cet attentat.


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